Prévention du paludisme : Adapter les gestes de protection en fonction du lieu de résidence
il y'a 1 semaine

Plusieurs professionnels et chercheurs qui interviennent dans la lutte contre le paludisme prônent une adaptation des habitudes de la population en fonction du lieu d’habitation afin de faire face au pic d’agressivité des moustiques. En fonction de l’humidité et de la nappe aquifère, les vecteurs responsables du paludisme peuvent se manifester en première ou deuxième partie de la nuit et quelques fois dans la journée à certains endroits ombragés. La maitrise de ces facteurs, associée aux gestes habituels de protection, permet de réduire considérablement l’incidence du paludisme dans une zone donnée.

«Si vous êtes à Niamey, ce n’est pas comme si vous êtes à Tillabéri ou à Gaya», prévient Dr Maman Lamine Ibrahim, responsable de l’unité de paludologie-entomologie médicale du Centre de recherche médicale et sanitaire (CERMES) de Niamey. Il explique que dans les zones à faible intensité comme Niamey et Dosso, l’agressivité des moustiques intervient vers 2h00 à 3h00 du matin alors que dans des zones comme Gaya, Kombo et Tillabéri, des zones plus humides, l’agressivité commence dès 19h00 pour atteindre son pic autour de 1h00. «Mais qu’à cela se tienne, il faut très vite se barricader, se protéger car, même une seule piqure de moustique peut provoquer le paludisme», prévient le chercheur.

Il explique que dans certaines zones comme le secteur de l’ecole Faza de Niamey où la nappe aquifère est peu profond, les eaux de ruissèlement si elles sont mal évacuées, vont rapidement saturer le sol et former des nappes visibles à la surface. Il faut donc s’attendre, poursuit le chercheur, à une augmentation de l’incidence du paludisme dans ces zones où l’eau stagne. «Par conséquent ceux qui y habitent doivent prendre toutes les mesures afin que les cas simples n’évoluent pas vers les cas graves et que les cas graves n’évoluent pas vers les décès», ajoute Dr Ibrahim. Il préconise donc aux personnes vivant dans de pareilles zones, de prendre des mesures, en cas de disfonctionnement des égouts, pour éviter que la stagnation des eaux ne crée des gîtes favorables aux développements des moustiques.

Pour Dr Djermakoye Hadiza Jackou, l’un des problèmes qui entravent les activités de prévention que mènent le programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) est la banalisation de la maladie, malgré les pertes en vies humaines qu’elle occasionne fréquemment. Elle interpelle la population sur le fait que la lutte contre le paludisme, loin d’être l’apanage uniquement du Ministère de la santé, doit concerner la société dans sa globalité. «A partir du moment où les médicaments de prévention et de traitement du paludisme sont mis gratuitement à la disposition de la population, dit-elle, faisons le choix et surtout l’effort de les utiliser», plaide-t-elle. La coordinatrice du Programme national de lutte contre le paludisme appelle la population à amener les enfants en consultation pour éviter d’aller vers les cas graves et de bien administrer les médicaments fournis lors des campagnes de chimio-prévention du paludisme saisonnier. Dr Djermakoye Hadiza Jackou insiste pour que les femmes enceintes adhèrent pleinement à la prévention du paludisme et bénéficient gratuitement des services publics de santé. «Ça ne coûte rien à une femme enceinte d’aller au centre médical. Normalement dès sa consultation prénatale, elle bénéficie aussi bien de la moustiquaire de routine, que des médicaments. Cela permet vraiment de réduire l’incidence et de réduire également les effets que nous enregistrons», dit-elle.

Afin de mieux appréhender la problématique de la lutte contre le paludisme, le Niger, à l’image de la plupart des pays du Sahel, investit massivement dans la recherche scientifique. Le Centre de recherche médicale et sanitaire (CERMES) dispose d’une unité de paludologie-entomologie que dirige Dr Maman Laminou Ibrahim. Cette unité spécialisée conduit en permanence des études pour mesurer l’efficacité thérapeutique des antipaludéens utilisés au Niger. Pour ce chercheur, l’impact scientifique recherché à travers les expérimentations est le plus souvent atteint après un long travail minutieux. Il exhorte l’Etat à continuer de soutenir les scientifiques pour que la recherche «soit au service de la lutte contre le paludisme et que nous produisons des données que le programme puisse utiliser afin d’optimiser sa lutte contre le paludisme»

 Souleymane Yahaya(onep)


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